L’érable sycomore peut tuer un cheval en 24h. On peut contempler leurs belles couleurs rouges orangées à l’automne mais ne vous laissez pas séduire par cet arbre dangereux pour les équidés. Le risque, c’est la myopathie atypique équine.
Découvrons ensemble comment reconnaître cet arbre, comprendre sa toxicité et surtout, comment protéger nos chevaux.
Comment reconnaître un érable ?
On trouve l’érable sycomore partout en France, en Suisse et en Belgique. De quelques mètres jusqu’à plus de 15 mètres de haut, ces arbres passent souvent inaperçus dans le paysage. Deux éléments caractéristiques permettent de l’identifier facilement.
Les samares : ces petits hélicoptères naturels
Vous vous souvenez de ces petites graines qui volent en tournoyant comme des hélicoptères ? Ce sont les samares, composées de deux petites graines qui forment ces fameux petits hélicoptères que nous connaissons tous depuis l’enfance.
Les feuilles : pétiolées et palmatilobées
Les feuilles de l’érable sycomore sont pétiolées, c’est-à-dire qu’elles possèdent une petite tige, et palmatilobées, signifiant qu’elles ont plusieurs lobes, comme le drapeau du Canada (sauf chez le Negundo où les feuilles sont composées). Elles changent de couleur à l’automne, passant du jaune au rouge.

Comment être sûr que c’est un érable sycomore (et pas un autre) ?
La distinction est cruciale car tous les érables ne présentent pas le même danger.
Voici comment différencier l’érable sycomore, toxique pour le cheval, des autres espèces.
Les feuilles : de petites dents pointues
L’érable sycomore se distingue par ses feuilles qui ont des petites dents pointues sur les bords. À l’inverse, l’érable plane possède de grandes dents et l’érable champêtre a des feuilles arrondies. Ces deux derniers sont inoffensifs, alors pas de panique si vous les croisez !

Les samares : bombées (convexes)
Les samares de l’érable sycomore sont bombées (convexes), contrairement à celles de l’érable plane qui sont concaves et de l’érable champêtre qui sont plates.

Attention à l’érable negundo !
Tout aussi peu sympathique que son cousin l’érable sycomore, l’érable negundo est invasif et nocif pour les autres plantes environnantes et pour notre cheval.
Ses caractéristiques distinctives
Les feuilles sont regroupées en groupes de 3 à 5 folioles, parfois plus (7 à 13 chez le frêne, avec lequel on pourrait le confondre).
Les samares sont également bombées (convexes), similaires à celles du sycomore. La vigilance reste donc de mise avec cette espèce également.

Pourquoi l’automne est-elle la saison critique ? Le point de rencontre entre l’érable sycomore et le cheval.
À l’automne, les samares volent jusqu’à plusieurs centaines de mètres de l’arbre-mère, portées par le vent. Elles finissent leur course dans le foin de nos chevaux adorés… que Kiki mange par accident, soit dans le foin, soit au sol.
C’est potentiellement le drame.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 75% des intoxications se déclarent à l’automne, dont 90% entre le 1er octobre et le 31 décembre. C’est la saison ! La période de risque maximal correspond exactement au moment où les samares se dispersent massivement dans l’environnement.
Le vilain méchant de l’histoire : l’hypoglycine A
Le véritable responsable de cette toxicité porte un nom scientifique : l’hypoglycine A. Cette substance se trouve partout dans la plante et notamment dans les samares et les fleurs, les parties les plus susceptibles d’être ingérées par les chevaux.
Il suffit que notre cheval mange par inadvertance quelques dizaines de grammes d’érable sycomore ou neguno pour déclencher une intoxication.
Ce qu’elle provoque chez le cheval s’appelle la Myopathie Atypique Équine (MAE pour les intimes) et c’est souvent mortel. Cette maladie foudroyante peut tuer un cheval en moins de 24 heures.
Pourquoi l’hypoglycine A est-elle problématique ?
Le mécanisme d’action de cette toxine explique la gravité de l’intoxication et son évolution rapide.
La transformation métabolique
Une fois l’hypoglycine A absorbée par le cheval, elle est transformée par l’organisme en la forme réellement toxique : le MCPA-CoA. C’est cette version modifiée qui cause les véritables dégâts.
Le blocage métabolique
Cette deuxième version empêche le corps d’utiliser les graisses. Or, dans un métabolisme en bonne santé, le corps utilise en premier carburant le sucre sous forme de glycogène, puis les graisses (lipides) quand le stock de glycogène est épuisé.
Donc, une fois que tout le glycogène a été utilisé, les cellules ne parviennent plus à utiliser les lipides comme source d’énergie alternative. Le corps se retrouve littéralement sans carburant disponible.
Pour les passionnés de biochimie
Le MCPA-CoA inhibe plusieurs acyl-CoA déshydrogénases, bloquant ainsi partiellement la β-oxydation des acides gras. Ce mécanisme biochimique explique pourquoi les cellules accumulent des lipides qu’elles ne peuvent plus métaboliser.
Conséquences métaboliques : quand le corps n’a plus de solutions
Lorsque les réserves de glycogène sont épuisées suite à l’intoxication, le corps du cheval se retrouve dans une impasse métabolique dramatique.
Les muscles n’ont plus de carburant
Sans glycogène, les muscles sont privés de leur source d’énergie principale. C’est comme rouler avec un réservoir vide : impossible de fonctionner normalement.
Les lipides s’accumulent dans les cellules musculaires
N’ayant plus accès au glycogène, le métabolisme tente de se rabattre sur les graisses, mais celles-ci s’accumulent dans les cellules musculaires sans pouvoir être correctement utilisées.
Les cellules musculaires se détruisent petit à petit
Cette accumulation anormale de lipides et l’absence d’énergie disponible entraînent une destruction progressive des cellules musculaires. C’est le phénomène de rhabdomyolyse aiguë, irréversible sans intervention rapide.
Les principales victimes
La myopathie atypique équine cible principalement certains groupes musculaires essentiels à la vie du cheval.
Les muscles posturaux
Notamment le dos et l’encolure sont particulièrement touchés. Ces muscles, qui maintiennent le cheval debout et lui permettent de se mouvoir, sont parmi les premiers affectés.
Les muscles respiratoires
Et surtout le diaphragme, muscle essentiel à la respiration, est gravement impacté. Son dysfonctionnement explique la détresse respiratoire observée chez les chevaux atteints.
Parfois le cœur
Dans certains cas, le muscle cardiaque lui-même peut être touché, aggravant considérablement le pronostic vital de l’animal.
Les signes cliniques sont donc plutôt évidents à deviner une fois que l’on connaît les muscles affectés. La combinaison de ces symptômes doit immédiatement faire penser à une intoxication à l’érable sycomore.
Les signes cliniques : savoir reconnaître l’urgence
La myopathie atypique équine se manifeste par des symptômes spectaculaires et alarmants qu’il faut savoir identifier rapidement.
Raideurs et tremblements musculaires
Le cheval s’allonge et ne parvient plus à se lever. Les muscles paniquent littéralement et n’ont plus de force. C’est l’un des premiers signes visibles de la maladie.
Détresse respiratoire
Le diaphragme n’arrive plus à faire son travail correctement, entraînant une difficulté respiratoire marquée. Le cheval peine à respirer, ce qui constitue une urgence vitale absolue.
Urine rouge/brune
Comme les cellules musculaires sont détruites, la myoglobine (protéine qui stocke et transporte l’oxygène dans les muscles) se retrouve dans les urines, leur donnant cette couleur caractéristique rouge ou brune. C’est un signe très spécifique de la myopathie atypique.
Sudation et tachycardie
La tachycardie (cœur qui s’accélère) survient car c’est la panique dans tout le corps. Le cheval transpire abondamment, manifestation du stress physiologique intense qu’il subit.
Autres observations
On observe également des muqueuses rouges et congestionnées et un mental déprimé. En revanche, l’appétit et la température restent normaux, ce qui peut parfois retarder le diagnostic si l’on n’est pas vigilant aux autres symptômes.
Le pronostic : sombre mais pas sans espoir
Sans traitement intensif, la mort survient dans 70 à 75% des cas. Cependant, il existe une lueur d’espoir avec une prise en charge vétérinaire rapide et intensive, certains chevaux peuvent survivre. La rapidité d’intervention est absolument cruciale.
Le délai critique ? 24 à 72h suffisent pour qu’un cheval développe un arrêt respiratoire ou cardiaque. Chaque minute compte littéralement.
Comment éviter ce drame ?
La prévention reste la meilleure arme contre la myopathie atypique équine, à savoir éviter le contact entre notre cheval et toute partie d’un érable sycomore ou negundo.
Voici les mesures essentielles à mettre en place.
Ne partez pas du principe que Kiki sait ce qu’il mange
C’est la règle d’or ! Les chevaux ne font pas instinctivement la différence entre une plante toxique et une plante comestible, surtout quand les samares se mélangent à leur nourriture habituelle.
Connaissance du terrain
Savoir quels arbres sont dans et au bord des prés est primordial. Faites un inventaire précis de votre environnement et identifiez tous les érables sycomores et Negundo présents dans un rayon significatif de vos prés.
Vérification après les vents violents
Vérifier la présence de samares après les épisodes de vent violents. L’automne est particulièrement venteux et les samares peuvent parcourir des distances importantes, atterrissant dans des zones auparavant sûres.
Cartographie des zones à risque
Établir des zones plus ou moins à risque en fonction de la topographie, de la distance et de la taille de l’arbre, des vents dominants, etc. Cette cartographie permet d’adapter la gestion de vos pâtures.
Pas d’accès à des points d’eau stagnants exposés aux samares : ces zones deviennent de véritables pièges à toxines qu’il faut absolument éviter ou protéger.
Éviter qu’il les mange par ennui
L’ennui est un facteur de risque majeur. Pour prévenir les comportements alimentaires à risque, assurez-vous de :
- Fournir une alimentation en qualité et quantité suffisante
- Éviter le pâturage sur herbe rase qui pousse les chevaux à chercher d’autres sources de nourriture
- Proposer des enrichissements qui évitent les comportements à risque comme les pierres à sel, etc.
Si un cheval touché, on surveille tout le troupeau !
La contamination se fait généralement par lot : si un cheval est atteint, les autres ont probablement été exposés aux mêmes samares. Une surveillance accrue de tous les animaux du troupeau s’impose immédiatement.
En conclusion
L’érable sycomore représente un danger réel et mortel pour nos chevaux, particulièrement en automne lorsque ses samares se dispersent. La connaissance de cet arbre, la reconnaissance de ses caractéristiques distinctives et la vigilance constante sont nos meilleures armes pour protéger nos compagnons.
La myopathie atypique équine est une urgence vétérinaire absolue qui nécessite une intervention immédiate. Chaque propriétaire de chevaux doit être capable de reconnaître les signes cliniques et d’agir rapidement en contactant son vétérinaire au moindre doute.
N’oubliez pas : la prévention passe par la cartographie de vos terrains, le contrôle régulier de l’environnement de vos chevaux, et une alimentation de qualité qui limite les comportements alimentaires à risque. Et si vous découvrez qu’un cheval a été affecté, surveillez immédiatement tout le troupeau !
Restez vigilants, surtout pendant cette période critique de l’automne. La vie de votre cheval pourrait en dépendre.
Cet article a été réalisé par Equiflore en collaboration avec Miliepattes. N’hésitez pas à partager ces informations vitales pour sensibiliser un maximum de propriétaires de chevaux aux dangers de l’érable sycomore pour la santé du cheval !
Pour aller plus loin :
La fiche du RESPE sur les érables
La fiche du RESPE sur la myopathie atypique équine
Réponses aux questions fréquemment posées à propos de l’alimentation et de la gestion des équidés ainsi que de la gestion des pâtures afin de réduire le risque de Myopathie Atypique Traduction et illustration : Anne-Christine François & Dominique-Marie Votion
Déclarer un cas malade ou suivez les intoxications et maladies autour de chez vous sur VigiRespe.net


